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samedi 16 avril 2016

Un papa de sang - Jean Hatzfeld, 2015


En Afrique, le temps polit les histoires à l’aide de mots merveilleux. Plus elles datent, plus elles brillent.
Immaculée Feza, 16 ans.

Jean Hatzfeld par R.Frankenberg
Le génocide nous enseigne des leçons dont se prive volontiers un jeune. On use sa psychologie avec des questions sur les inimitiés entre les ethnies. On devient plus précoce en sombres pensées. Enfant, il nous oblige à nous cogner sur les difficultés extraordinaires de la vie. Il nous pousse à renoncer aux excès et aux fanfaronnades. À limiter nos envies. Il gâche la naïveté de l’enfant. Moi, j’ai grandi en entendant sur le chemin : « Son papa est grand tueur, il tuera à son tour, ça lui coule dans les veines ». Ces paroles incitent l’enfant à endosser des fardeaux trop pesants, comme se cacher derrière les broussailles ou travailler sur la parcelle sans force dans les bras. Ça oblige à prier pour les péchés des adultes.
Jean-Pierre Habimana, 19 ans. Fils d’Alphonse Hitiyaremye, ancien détenu hutu

jeudi 7 octobre 2010

Rwanda, généalogie d'un génocide – Dominique Franche (2)

En finir avec les « guerres ethniques »

L'adjectif «ethnique», qui vient du vocabulaire ecclésiastique, signifiait aussi «païen», par opposition à «chrétien», en français comme dans d'autres langues. Et, chez les Grecs, les ethné s'opposaient à la polis, à la Cité. «Ethnie» suppose ainsi son contraire: le groupe qui détient la vérité, celle de l'Eglise ou celle de la Cité. Aux Etats-Unis, les expressions «ethnicgroup » et «ethnicity » sont appliquées aux minorités d'origine non anglo-saxonne et/ou non protestante (Irlandais, Indiens, Noirs, etc.), pas à la communauté «White Anglo-Saxon Protestant» qui détient le pouvoir: seuls les dominés ont une ethnicité, parfois revendiquée aujourd'hui pour résister à la domination WASP.
De même, chez les scientifiques européens, «ethnie» a longtemps été réservé aux peuples sans écriture, aux «primitifs» qu'étudiait l'ethnologie coloniale. Les «ethnies» étaient les populations dont on jugeait qu'elles n'avaient pas atteint un niveau de civilisation suffisant pour être comptées parmi les «nations», vocable réservé aux peuples des races dites «supérieures». Directement ou indirectement, les idées racistes sont associées au mot «ethnie». L'ethnie, c'est l'autre, le sous-développé, l'inférieur : nous avons fait des guerres, ils font des guerres ethniques, car ces gens-là ne sont pas comme nous.

Rwanda, généalogie d'un génocide – Dominique Franche (1)

Comment la colonisation créa l'opposition raciale ou ethnique.
Comment ? En plaquant sur les sociétés rwandaise et burundaise un schéma d'interprétation raciste. Placage d'autant plus aisé chez les Européens que cette région d'Afrique les faisait fantasmer depuis plusieurs millénaires.
(…)

Des monts et merveilles
Pour un Richard Kandt, qui avoue sa déception devant les quelques gouttes de la source du Nil qu'il vient de découvrir, et qui donne une description équilibrée de la société rwandaise, combien d'explorateurs et de missionnaires qui entretiennent les rêves de leurs lecteurs ! Désir de se mettre en avant par du sensationnel, souci de susciter l'intérêt de nombreux donateurs, crainte de briser des idoles si anciennes, ou aveuglement devant une réalité dont certains éléments pouvaient être tirés dans le sens des récits anciens, tout cela se combine probablement pour expliquer par exemple l'invention des pygmées au Rwanda. (…)