Du point de vue du croyant, n'est-ce pas blasphémer que de demander à des magistrats qui sont peut-être eux-mêmes des mécréants de condamner d'autres mécréants au nom de Dieu ? N'est-ce pas l'expression d'une sorte de péché d'orgueil que de prendre en charge la défense de Dieu ?
Dieu, le créateur du monde, ce type large d'épaules qui joue avec notre planète comme l'automobiliste arrêté au feu rouge joue avec ses crottes de nez, a-t-il besoin de maître Tartempion pour laver son honneur ? En attaquant en justice les blasphémateurs, les associations communautaristes ne prouvent qu'une chose : elles ne croient pas en Dieu.
Ou alors elles sont pour la double peine, ce qui est particulièrement méchant et pervers. Elles veulent que nous soyons condamnés ici, en France, et une seconde fois là-haut.
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lundi 24 avril 2017
samedi 16 avril 2016
Plan B. – Chester Himes, 1983 (roman inachevé)
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| édition chez Lieu commun |
Le massacre de la huitième avenue avait profondément ébranlé la communauté blanche. Le carnage auquel s’étaient livrés ses propres fonctionnaires, ses gardiens de l’ordre avait été un tel traumatisme qu’on en oublia ce qui l’avait déclenché : l ‘assassinat de cinq policier blancs par un nègre fou. On oublia celui qui avait livré le premier l’assaut meurtrier, et la prédisposition à la culpabilité était telle qu’on endossa collectivement la responsabilité du crime. Les blancs, contre toute raison objective, sombrèrent dans la honte et le remords coupable.
Les têtes blondes se couvrirent de cendres et les corps blancs se voilèrent de deuil. La communauté se vautra dans un bain de remords. Son désir de rachat chercha une forme physique dans laquelle il pût s’incarner et la trouva dans le besoin d’une orgie expiatoire. Cherchant la rédemption, la communauté blanche accepta de sacrifier ses femmes ; mieux encore, elle les offrit en victimes aux premiers nègres qui passaient. Les femmes, quant à elles, acceptèrent le sacrifice, mais s’en montrèrent bientôt avides. Les Blanches, y compris les plus vertueuses, découvrirent tout à coup les vertus de leur sexe.
jeudi 31 mars 2016
La croisade de Lee Gordon – Chester Himes – 1947 (1)
[Etats-Unis, années 40. Lee Gordon est un jeune Noir recruté par un syndicat américain qui souhaite toucher les travailleurs Noirs. Il fait connaissance de Abe "Rosie" Rosenberg, syndicaliste Juif, qui devient son ami. Conversation au restaurant entre Rosie et Lee.]
— Il ne t’arrive jamais, Lee, de soupçonner que tous les habitants de la terre ne cherchent pas forcément à t’humilier ? La plupart des gens pensent à autre chose et n’ont même pas le temps de songer à toi.
— Rosie, je voudrais te croire, mais je suis sûr qu’en Amérique il n’en est pas ainsi.
— Mais non, penses-tu ! »
On leur apporta de la soupe, et Rosie commanda deux autres Martini. « Tu m’étonnes, Lee, dit-il. Quoique tu ne sois pas un Nègre du Vieux-Sud, tu parais éprouver une animosité délirante pour tout ce qui est blanc. C’est anormal.
— Toi aussi, Rosie, tu me parais anormal, tu ne te conduis pas comme la plupart des Juifs. D’abord, tu avoues en être un, ce qui n’est pas si fréquent. Et puis, presque tous les Juifs que je connais se seraient efforcés, en entrant dans ce restaurant, de donner l’impression que je t’accompagne en tant que domestique ou quelque chose dans ce goût-là.
— Tu divagues.
— Et toi, tu te crois être un Juif typique ?
— Il n’existe pas de Juif typique. On emploie cette formule pour cacher la réalité, de même que lorsqu’on parle du nègre-type. Il n’en existe pas. Moi je suis surtout communiste et ensuite Juif. C’est peut-être pourquoi j’accepte l’idée d’être juif. A mes yeux, ce n’est pas le hasard de ma naissance qui m’a fait tel que je suis, mais des siècles d’hérédité. N’oublie pas que nous sommes opprimés nous aussi. S’avouer Juif dans une société dominée par les Gentils n’est pas très agréable.
— Peut-être. Mais le nier n’arrange rien. Puisque vous êtes opprimés, vous devriez être les premiers à tendre la main aux Nègres.
lundi 26 octobre 2009
Un enfant du pays – Richard Wright (1)
[Bigger, jeune Noir de Detroit, se retrouve au service d’une famille de riches Blancs. La fille, Mary, fréquente Jan, militant communiste pour la cause des Noirs.]
« Ne m’appelle pas ‘monsieur’. Je t’appellerai Bigger et toi tu m’appelleras Jan. C’est comme ça que ça se passera entre nous. Ca te va ? »
Bigger ne répondit pas. Mary souriait. Jan tenait toujours solidement sa main et Bigger avait penché sa tête de façon à n’avoir qu’à détourner les yeux pour regarder la rue lorsqu’il voulait éviter le regard de Jan. Il entendit Mary qui riait doucement.
« Rassure-toi, Bigger, Jan est tout à fait sérieux ».
Le sang lui montait à la tête. Qu’elle aille se faire foutre ! Est-ce qu’elle se moquait de lui ? Est-ce qu’ils se fichaient de lui, tous les deux ? Qu’est-ce qu’ils lui voulaient ? Pourquoi ne le laissaient-ils pas tranquilles ? Il ne les gênait pas. Oui, avec des gens de cette espèce, on pouvait s’attendre à n’importe quoi. Tout son corps, tout son esprit se concentraient dans une direction unique : il essayait désespérément de comprendre. Il se sentait idiot, assis derrière ce volant avec sa main dans celle d’un blanc. Que penseraient les passants ? Il était terriblement conscient de sa peau noire et se sentait de plus en plus convaincu que c’était Jan et ses semblables qui s’arrangeaient pour qu’il en fût ainsi. Les Blancs ne méprisaient-ils pas les noirs ? Alors pourquoi Jan se conduisait-il de cette façon ?Pourquoi Mary se tenait-elle aussi, l’air tout agitée, les yeux brillants ? Qu’est-ce qu’ils pouvaient bien manigancer ? Peut-être qu’ils ne le méprisaient pas ? Mais ils lui faisaient sentir sa peau noire rien qu’en restant plantés là à la dévisager, l’un lui tenant la main et l’autre lui souriant. A cet instant, il avait l’impression de ne plus avoir d’existence physique ; il était quelque chose qu’il détestait, le symbole de la honte qu’il savait inhérente à la peau noire. Il se trouvait dans une région pleine d’ombre, un no man’s land à la frontière du monde des blancs et du monde des noirs qui était le sien. Il se sentait nu, transparent, il sentait qu’après avoir contribué à son abaissement, à sa déformation, ce blanc le relevait pour le considérer avec curiosité et se distraire. A cet instant précis, il éprouvait envers Mary et de Jan une haine muette, froide et inexprimable.
Jan retira sa main.
1ère partie - la peur
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